Une planche de surf «propre» en fibre végétale, réalisée depuis trois ans par un petit «atelier-labo» des Pyrénées-Atlantiques, fait peu à peu son chemin, adoptée par des pratiquants, adoubée par le ministère du Redressement productif, et visant l’export.
Cette invention n’est pas anodine. Car, paradoxe pour les surfeurs qui entretiennent un lien «nature» avec l’océan, la fabrication d’une planche est une activité polluante et nocive pour la santé.

«Une planche de trois kilos génère six kg de déchets dont 100% ne sont pas recyclables», rappelle Pierre Pomiers, co-fondateur de l’entreprise NOTOX (non toxique) à Anglet.

«La fabrication obéit à un processus immuable depuis 50 ans», explique-t-il: «Un pain de mousse en polyuréthane coulé dans de la résine, sur laquelle on colle de la fibre de verre. Des matériaux extrêmement polluants et dangereux».

Une thèse de médecine du travail a été réalisée en 2011 sur le sujet. «La salle de ponçage où s’échappent les très fines poussières de matières plastiques et fibres de verre, qui vont directement dans les alvéoles des poumons : c’est dire la même dangerosité que l’amiante !», relève M. Villenave.

Aussi M. Villenave, avec deux ingénieurs de 35 ans eux-mêmes surfeurs, Pierre Pommiers et Benoît Rameix, a créé un atelier visant à «s’approcher le plus possible de la planche idéale», en diminuant les matériaux polluants.

La fibre de verre a été remplacée par de la fibre de lin. Dotée d’une flexibilité naturelle que n’a pas la fibre de verre, plus absorbante aux vibrations, la logique voulait qu’elle améliore la «tenue de vague». Pari tenu semble-t-il, si l’on en croit des pratiquants.

«Je surfe sur NOTOX depuis presque un an après y avoir mis ma fille, car je voulais une marque de confiance avec un vrai suivi», déclare Emmanuelle Joly, 42 ans, une pionnière du surf féminin en France, aux 10 ans de circuit pro et six titres européens dans les années 90.

Depuis je ne peux plus revenir sur des matériaux classiques, je les trouve moins réactifs et performants… Or c’est ce que je demande avant tout à une planche !

La gageure pour Notox fut de construire un atelier sophistiqué où les déchets sont isolés, recyclés et revalorisés, à chaque stade de la production: shape (design), modelage, glaçage et ponçage. Un atelier agrémenté d’une charte qualité LAB NOTOX.

Les pièces dédiées à la stratification et au ponçage ont été dotées d’un système de traitement d’air et d’aspiration à l’outil (ponceuse, robot…), explique-t-on chez Notox. Au final, la quantité de déchets ultimes, non recyclables, «principalement des résines», a été réduite de plus des deux tiers.

Stratégiquement, l’atelier-labo a diversifié ses services: planches à la demande, mise à disposition locative pour «shapeurs» (designers, ndlr) extérieurs, sous-traitance de petites et moyennes séries de planches.

Philippe Chevallier, un shaper et surfeur de 45 ans, y fait ainsi fabriquer une partie de ses planches. «La NOTOX réduit les déchets et possède des propriétés mécaniques bien meilleures que la planche en fibre de verre. Elle est plus résistante aux chocs».

Créé en 2010, NOTOX produit environ 400 planches par an, emploie cinq personnes et a réalisé en 2012 un chiffre d’affaires de 230.000 euros, dont 15% à l’export.

Mi-octobre, NOTOX a été décorée et honorée au ministère du Redressement productif, parmi d’autres entreprises innovantes, lors d’une soirée vouée aux «objets de la nouvelle France industrielle. Le ministre Arnaud Montebourg a salué en eux des «sans-culottes de la Révolution industrielle en cours», qui ont «transgressé des lignes, inventé des procédés, et s’apprêtent à exporter».

Car au-delà des planches elles-mêmes, NOTOX vise une autre étape, «conceptualiser l’atelier LAB NOTOX et l’externaliser sur les lieux de productions», souligne M. Villenave.

Source © AFP 2013 De Colette LARRABURU (AFP)